Camille Henrot à Pailherols, Cantal

Ma montagne

L’agro-pastoralisme cantalien représentait après-guerre trois mille buronniers, mille burons et 60 000 ha de «montagne» exploités pour la production du fromage. A partir de la plus haute Antiquité, la montagne est l’annexe directe de l’exploitation, elle permet aux agriculteurs de disposer de pâturages d’été pour accroître leur cheptel, trop à l’étroit sur leur exploitation propre. Les herbages de moyenne montagne accueillent les troupeaux placés sous la surveillance d’un berger. Seuls montent des professionnels qui étaient attachés à l’exploitation ou recrutés pour la saison. Ils sont en général trois pour une «vacherie» de soixante vaches laitières : le vacher, l’aide-vacher et le berger. Ces hommes, de l’âge de 12 ans à plus de 70 ans, mènent pendant quatre mois une vie solitaire dans un paysage grandiose mais au climat rude. Ces hommes ont la responsabilité du troupeau et de la qualité du fromage produit, résultat d’un savoir-faire unique et jalousement préservé. Ces hommes, qui font la richesse de l’exploitation, ont été les maîtres d’oeuvre d’une économie pastorale aujourd’hui disparue.

Le groupe à l’origine de la commande est constitué de Pierre Bonal et Claude Prunet (maires successifs de Pailherols) ainsi que de Marcel Besombes, André Combourieu, Michel Frégeac, CharlesTerrisse (membres de l’association Sauvegarde des burons du Cantal), Marie-Françoise Christiaens (directrice du CAUE du Cantal) et de Jean-Paul Soubeyre (agriculteur).
L’association Sauvegarde des burons du Cantal est impliquée depuis 1984 dans la restauration de «burons» situés en altitude, véritables marqueurs d’un paysage lié au pastoralisme. A l’heure actuelle une centaine de burons a été mise hors d’eau et restaurée. L’association contribue également à valoriser ce patrimoine via des films, des dépliants…

Face aux mutations du territoire (changement des modes de production agricole, désertification des montagnes, modification des paysages), Jean-Paul Soubeyre, agriculteur, a souhaité honorer la mémoire des buronniers. Ils ont, durant des siècles, profondément marqué la vie sociale et économique de ces terres dites d’estive ou de transhumance. Convaincues de l’obligation de «faire acte de reconnaissance» pour ces hommes, l’association Sauvegarde des burons du Cantal et la commune de Pailherols se sont associées pour accompagner le projet.
Sollicitée, l’artiste Camille Henrot a répondu à la commande d’une oeuvre qui témoigne d’une histoire humaine forte, d’une oeuvre-mémoire qui traduise le lien étroit entre l’homme, l’animal et le paysage, d’une oeuvre-trace qui constelle la montagne. Ni monument aux morts ni entreprise de folklorisation cette oeuvre contemporaine s’inscrit dans la continuité de l’histoire universelle de l’agropastoralisme. Bien au-delà de ce territoire, elle croise l’image iconique du berger dont la mythologie et l’art se sont emparés durant des siècles.

À l’entrée du village, dans un jardin clos, Le Vestiaire du berger marque le point de départ symbolique d’une montée aux estives. Des formes évocatrices d’objets familiers rappellent le travail du buronnier. Le Vestiaire suggère l’état d’abandon de ces objets traditionnels et la possibilité que cet état soit temporaire. Comme une invitation à l’itinérance, l’oeuvre Ma montagne se déploie ensuite dans le paysage le long d’un chemin de randonnée. L’artiste a créé une quarantaine de sculptures inspirées de la forme de la claie ou barrière mobile traditionnelle utilisée par les vachers pour parquer leur troupeau. Ces claies se déclinent en alphabet, chacune étant une variation différente du modèle initial rectangulaire. Leurs formes rappellent les trigrammes du Yi-King (Livre des transformations), pratique ancestrale de divination chinoise dont les soixante-quatre combinaisons figurent le ciel, la montagne, l’éclair, le lac, la forêt… Elles permettent de décrire les états du monde et leur évolution. Leur agencement donne la clef de possibles directions futures. D’espace clos, le parc devient ici une constellation qui rappelle l’universelle contemplation du ciel étoilé et renvoie au nombre, à l’infini. De couleur blanche, les claies se fondent dans le paysage enneigé en hiver, pour reparaître à chaque printemps.

 


dossier de presse, juin 2016 – pdf

 

 

 

commanditaires  : association pour la sauvegarde des burons du Cantal et commune de Pailherols
médiation/production : Valérie Cudel et Mari Linnman pour l’action Nouveaux commanditaires initiée par la Fondation de France
soutien : Fondation de France, Fondation Carasso, ministère de la culture et de la communication au titre de la commande publique, DRAC Auvergne, commune de Pailherols, Département du Cantal, Communauté de communes Cère et Goul, association pour la sauvegarde des burons du Cantal

inauguration : juin 2016

 

crédits photographiques Phoebé Meyer