Giuseppe Gabellone à Lyon

Monument du souvenir

Désireux d’honorer la mémoire des personnes déshéritées qu’ils accompagnent au quotidien, Les petits frères des Pauvres ont demandé à un artiste de concevoir un monument du souvenir dans un cimetière. Au moment de leur décès, ces personnes sans ressources ont parfois droit à un emplacement octroyé par la Ville pour une période de six ans, mais leur tombe est rarement entretenue lorsqu’ils en ont une. En leur consacrant un lieu de mémoire collectif, Les petits frères des Pauvres ont voulu signifier leur attachement à la valeur unique de chaque vie.

Le monument funéraire est insolite pour des artistes de la génération de Giuseppe Gabellone, bien qu’étant un sujet classique dans l’histoire de l’art. Son choix a été de produire un monument laïc qui évoque la mort sans recourir à l’iconographie sacrée de la statuaire funéraire. Dans le même temps, il a souhaité respecter l’atmosphère du lieu, propre aux cimetières français et italiens du XIXe siècle.

Le monument est constitué de deux modules en verre de forme abstraite posés sur un socle en pierre blanche recouvrant deux caveaux. Le socle est conçu pour retenir les eaux de pluie et produire un effet de miroir. Sur les blocs angulaires avant, apparaîtront les noms des défunts.

L’idée est d’utiliser la terre comme moule des sculptures en verre, « de réaliser une forme pleine à partir d’une cavité […] comme pour saisir la mémoire, traduire l’idée du souvenir. »

dossier de présentation, août 2012 – pdf

commanditaire : Les petits frères des Pauvres

commande suspendue

crédits : Giuseppe Gabellone

Camille Henrot à Pailherols, Cantal

Ma montagne

Depuis la plus haute Antiquité, la montagne cantalienne a accompagné la vie des agriculteurs en leur offrant des pâturages d’été pour leur cheptel. Pendant quatre mois, des hommes âgés de 12 à 70 ans veillaient sur le troupeau et la qualité du fromage produit dans un paysage grandiose mais au climat rude. Ces buronniers ont été les maîtres d’œuvre d’une économie pastorale aujourd’hui disparue.

Jean-Paul Soubeyre, agriculteur, a souhaité honorer la mémoire de ces buronniers qui ont profondément marqué la vie sociale et économique de ces terres dites d’estive ou de transhumance. Convaincues de l’obligation de «faire acte de reconnaissance» pour ces hommes, la commune de Pailherols et l’association Sauvegarde des burons du Cantal se sont associées pour l’accompagner dans son projet.

L’artiste Camille Henrot a été sollicitée pour imaginer une œuvre qui témoigne d’une histoire humaine forte et du lien étroit entre l’homme, l’animal et le paysage. Ni monument aux morts ni entreprise de folklorisation, cette œuvre contemporaine s’inscrit dans la continuité de l’histoire universelle de l’agropastoralisme.

À l’entrée du village, dans un jardin clos, Le Vestiaire du berger marque le point de départ symbolique d’une montée aux estives. Des formes évocatrices d’objets familiers rappellent l’univers et le travail du buronnier. Le Vestiaire souligne l’absence d’usage de ces objets traditionnels mais aussi la possibilité que cet état soit temporaire. Comme une invitation à l’itinérance, l’œuvre Ma montagne se déploie ensuite dans le paysage le long d’un chemin de randonnée. L’artiste a créé une quarantaine de sculptures inspirées de la claie mobile qu’utilisaient les vachers pour parquer leur troupeau. Leurs formes rappellent les trigrammes du Yi-King (Livre des transformations) dont les soixante-quatre combinaisons permettent de décrire les états du monde et leur évolution.

D’espace clos, le parc de sculptures devient ici comme une constellation qui rappelle l’universelle contemplation du ciel étoilé et nous renvoie à l’infini. De couleur blanche, les claies se fondent dans le paysage enneigé en hiver, pour reparaître à chaque printemps.


dossier de presse, juin 2016 – pdf

commanditaires  : association pour la sauvegarde des burons du Cantal et commune de Pailherols

médiation/production : Valérie Cudel et Mari Linnman pour l’action Nouveaux commanditaires initiée par la Fondation de France

soutien : Fondation de France, Fondation Carasso, ministère de la culture et de la communication au titre de la commande publique, DRAC Auvergne, commune de Pailherols, Département du Cantal, Communauté de communes Cère et Goul, association pour la sauvegarde des burons du Cantal

inauguration : juin 2016

crédits photographiques Phoebé Meyer

 

Enquête sur le/notre dehors (Valence-le-Haut) à la date du 24 avril 2012

Alejandra Riera avec les habitants et les usagers du quartier 

Le quartier de Fontbarlettes fait partie de l’ensemble de Valence-le-Haut, connu dans les années 1960 comme un projet cohérent de ville nouvelle. Mais le schéma est finalement resté inachevé. Constatant une stigmatisation du quartier, les commanditaires ont voulu donner la parole aux habitants, comprendre la façon dont ils se sont approprié cet espace et leur perception d’un « dehors » plus vaste, susceptible d’apporter une lecture différente.

Alejandra Riera a effectué de nombreux séjours à Valence au cours desquels elle a longuement échangé avec les habitants du quartier, proposé des rencontres, projeté des films, organisé des « actions » communes en divers lieux. Avec eux, elle a conçu les séances de tournage de son film-document. Il en résulte un film et une publication, pensés et réalisés simultanément, mais qui fonctionnent de manière autonome et complémentaire.

Le film associe différentes images telles que archives, images-textes et mises en scène avec les habitants. Dans sa pratique, Alejandra Riera appelle films-documents une façon singulière non pas de réaliser des films mais de les « excéder », c’est-à-dire de « penser les films-documents […] en tant que hors champs du film lui-même qui se constituerait en document de son temps, rajoutant à son espace propre l’espace plus incertain des discontinuités historiques, temporelles, affectives. »

La publication se présente comme un rapport de l’enquête,  elle est composée de la reprise des pages, premiers supports des échanges avec les habitants, accompagnées de notes de bas de page écrites par Alejandra Riera, de planches images et de leurs légendes engageant un deuxième temps de réflexion.

Au fil du film et du rapport, dans le dialogue des planches et des textes, des sons et des images, des témoignages, commentaires et citations, de multiples passages se rendent visibles ou probables, au-delà de la séparation établie entre le supposé centre et sa périphérie.

communiqué de presse, avril 2012 – pdf

légende image : Vue partielle, 11 novembre 2008. Gare de Lyon, Paris, palmier en pot, «Butia Yatay, origine : Argentine, Brésil»

Enquête sur le/notre dehors (Valence-le-Haut) <2007–…> à la date du 24 avril 2012, une image de pensée collective du lieu que l’on habite. Alejandra Riera avec des habitants/es du quartier de Fontbarlettes

Captures éditions en partenariat avec art3, Valence

commanditaires : des habitant(e)s de Fontbarlettes avec l’association Le MAT

L’Enquête sur le / notre dehors a été initiée dans le cadre de l’action Nouveaux commanditaires proposée par la Fondation de France.

médiation–production : Valérie Cudel / à demeure, en partenariat avec Imagine / Issy-les-Moulineaux et art3 / Valence

soutien : Fondation de France, ministère de la Culture et de la Communication, Centre national des arts plastiques (Image-Mouvement) / DRAC Rhône-Alpes, Région Rhône-Alpes, Département de la Drôme

Christophe Terlinden, Emmanuel Lambion et Iwan Strauven à Beaumont, Puy-de-Dôme

Pietro

La municipalité de Beaumont a fait appel à Christophe Terlinden et les collectif TILT pour repenser le lien qui unit la ville à ses habitants. En 2003, une réflexion avait été engagée sur l’identité de cette commune de l’agglomération clermontoise alors en pleine évolution : construction de logements mixtes, création d’un chemin vert et de la Maison des Beaumontois, extension de l’espace boisé et classé de la Châtaigneraie.

Ces mutations ont engendré le besoin de requalifier les espaces publics – notamment le centre historique – et de mener une action pour rompre avec l’image de ville dortoir, décloisonner les quartiers et inciter les habitants à redécouvrir leur ville.

Prenant appui sur le chemin vert nouvellement créé, Christophe Terlinden s’est associé à Emmanuel Lambion et Iwan Strauven pour concevoir un dessin sculptural reliant les différentes strates de la ville. Le PIETRO – contraction de piéton et métro – est constitué, tel un réseau urbain, de quatre chemins balisés par des disques en lave émaillée. Chaque itinéraire est identifié par une couleur distincte : bleu, rouge, jaune ou blanc.

Les parcours sont représentés à l’image d’un plan de métro. Encastré dans des bancs placés aux croisements et aux extrémités des chemins, le plan figure également dans une édition, dépliant qui offre au verso une perception subjective des sites de Beaumont avec huit dessins de Christophe Terlinden.

Le PIETRO est une œuvre ludique dont l’ambition est de favoriser une lecture différente de la ville pour les Beaumontois comme pour les visiteurs occasionnels.


dossier de presse, novembre 2007 – pdf

plan du pietro, dessins verso Christophe Terlinden

commanditaires : élus de la municipalité de Beaumont et membres de l’association Idées pour Beaumont

soutien : Fondation de France (action Nouveaux commanditaires), ministère de la culture et de la communication (DAP – DRAC Auvergne), Ville de Beaumont

2007

Cécile Bart à Thiers

Et pluie, le soleil

Située à la campagne sur le lieu-dit de Chassignol, près de Thiers, la Maison l’Arc-en-Ciel accueille une cinquantaine d’enfants de familles en difficulté, tous âgés entre 4 et 15 ans. Sa fonction est éducative : favoriser le bien-être d’enfants confrontés à une étape difficile de la vie. Conscient que l’institution véhicule une image négative, d’enfermement, avec sa façade grise en clôture, le personnel prend l’initiative d’une action collective afin de rétablir la véritable fonction sociale du lieu.

Il apparaît aux commanditaires que le mur d’enceinte, lieu transitionnel entre intérieur et extérieur, doit laisser transparaître la beauté inhérente à leur mission et non pas susciter le rejet. Compte tenu du déséquilibre des masses architecturales, il faut aussi harmoniser la globalité pour traduire un sentiment d’équilibre et de paix. La Maison Arc-en-Ciel doit concrètement retrouver la dimension de la couleur et de la lumière, symboles de vie, dont son nom porte l’empreinte.

Les différents acteurs du projet acceptent de manière unanime la proposition de Cécile Bart et optent pour une mise en couleur des différents bâtiments de l’institution, avec le choix d’une gamme chromatique signifiante. Les bleus et verts font écho au parc naturel attenant à l’institution, les bruns-rouges créent un environnement structurant, propice à la reconstruction psychique espérée, et les jaunes apportent leur chaleur et leur potentiel énergétique. Chaque famille de couleurs se décline en un dégradé qui court le long des bâtiments, ne les coupe pas les uns des autres, et renforce l’unité de l’ensemble des constructions en tenant compte de leur intégration dans le site.

A la suite de la réalisation de l’œuvre, Cécile Bart a souhaité concevoir en lieu et place d’un catalogue, un livre d’artiste pour enfants, premiers usagers de l’œuvre (voir page éditions).

commanditaires : des membres du personnel de la maison d’enfants l’Arc-en-Ciel


soutien :
Fondation de France, ministère de la culture et de la communication au titre de la commande publique (DAP/CNAP, DRAC Auvergne), Les Sœurs de la Charité de Nevers, Département du Puy-de-Dôme, Région Auvergne, ADSEA, comité d’entreprise de l’ADSEA, Procter&Gamble France, Caisse d’épargne d’Auvergne et du Limousin, Peintures minérales Keim

2003

crédits photographiques Audrey Marlhens, Catherine Savary