Liliana Motta à Bataville

Dans la poursuite de l’action menée dans le cadre du programme Paysage industriel développé en partenariat avec le Parc naturel régional de Lorraine, de la mission d’élaboration du plan guide de Notre Atelier Commun, la communauté de communes du Pays des Étangs a souhaité poursuivre et concentrer une réflexion sur les questions de pollution du site de Bataville ayant un lien avec le devenir paysager.

La demande concerne la mise en place d’un atelier de phytoremédiation avec Le Laboratoire du Dehors. La démarche de l’atelier doit permettre en particulier de découvrir des solutions de gestion économes aptes à construire progressivement une structure originale en transformant les lieux par des gestes jardiniers. L’action consiste à ouvrir sur le grand paysage : cheminement depuis la cour de Bata jusqu’au canal. Pour sa recherche, l’artiste est accompagnée de l’atelier de recherche du Laboratoire Sols et Environnement-UMR 1120 de l’université de Lorraine.

Le cheminement sur les terres polluées de Bataville

« Ne pas oublier, ne pas cacher, donner à voir, donner à la connaissance est notre devoir. Un travail de mémoire sera la seule garantie de renaissance, de créativité pour un avenir avec moins d’erreurs. Raconter l’histoire des sols pollués, les signaler, les expliquer sera une ressource inestimable pour imaginer des nouvelles manières de faire.
Beaucoup des sites sont considérés comme pollué parce que dans le sol, le sous-sol et éventuellement dans les eaux souterraines, il a été identifié des produits altérant ou compromettant leur qualité et leur bon usage. De plus en plus, en France comme ailleurs, on trouvera des terres polluées. Aujourd’hui, cette pollution est typique et commune, malheureusement, à tout ancien site industriel. Cette pollution étant susceptible de provoquer une nuisance ou un risque à long terme pour les personnes et l’environnement, il est important de ne pas oublier ces terres polluées, de ne pas les cacher aux contemporains et aux générations futures. Et c’est pour cela que nous devons expérimenter, prendre soin de ces terres, les rendre à nouveau vivantes. Ce travail doit venir en appui des études des ingénieurs spécialisés dans le domaine, ainsi qu’aux communes qui doivent gérer des sites souvent abandonnés, avec une grande difficulté de reconversion.
La démarche de l’atelier du dehors, après diagnostic institutionnel sur l’état de pollution et la définition d’un cahier de charges, propose d’expérimenter sur le terrain des attitudes jardinières et des méthodes d’entretien pour faire évoluer les projets de phytoremédiation et pour faire évoluer la visibilité de ces sites.
Cette démarche repose sur une hypothèse pédagogique que les sites pollués offrent d’expérimenter opportunément, c’est à dire la recherche des solutions de gestion économes aptes à construire progressivement une structure originale en transformant les lieux par des gestes jardiniers : déplacer ou réorganiser des éléments, stimuler ou contrôler l’installation spontanée des autres végétaux, diviser, bouturer, marcotter, tailler, rabattre, recéper, amender et soigner les sols, pailler, composter.
L’action pourra s’inspirer des principes suivants : ne rien évacuer hors du site, ni végétaux ni matériaux hérités de la friche industrielle et importer le moins possible de terres et de matériaux de construction, réemployer les matériaux végétaux issus des opérations d’entretien pour créer des paillages et des compost destinés à améliorer la protection et l’activité biologique des sols, aménager des parcours et des surfaces d’accès facile pour les usagers, relever régulièrement la flore spontanée et la végétation rudérale pour mettre en valeur leurs potentialités pédagogiques, installer les conditions d’accueil d’une biodiversité optimale et signifiante par rapport au milieu, entretenir et améliorer l’information botanique et ethnobotanique des publics. »

Extrait de l’étude et de l’action sur site de Liliana Motta de septembre 2016 à juillet 2017.