Construire / Patrick Bouchain et Loïc Julienne, à Beaumont, Ardèche

Les Bogues du Blat

La Vallée de la Drobie, située dans le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche est un territoire en mutation. Vallée aux versants abrupts, elle a été aménagée en terrasses au fil des siècles afin de permettre la culture mais ce relief est progressivement devenu trop contraignant pour une agriculture qui s’est mécanisée. Depuis plus d’un siècle, l’ensemble des Cévennes ardéchoises a subi un lent processus de déprise agricole, composant au fil du temps un paysage d’abandon. Cette tendance s’est traduite par un important exode rural, qui a atteint son point culminant dans les années 70. Depuis peu, la vallée connaît un nouvel intérêt résidentiel et touristique qui a suscité des aménagements de plus en nombreux, pas toujours adaptés et remettant en cause le développement local. La commune de Beaumont a décidé de s’impliquer dans une démarche de maîtrise des projets de construction et d’aménagement de l’espace pour répondre à une demande croissante de terrains à bâtir ou d’habitats traditionnels. Elle s’est lancée dans un projet d’aménagement et de développement durable, mettant l’accent sur la nécessité de définir de nouvelles zones d’habitation associant habitat individuel et habitat collectif en un nouveau hameau s’inspirant de l’ancien existant. Elle a, dans cette perspective, souhaité confier à un architecte d’établir un projet de création d’un habitat social rural basé sur la maison comme unité de base c’est-à-dire de revenir à la maison comme espace privé familial tout en permettant l’ouverture au groupe social du hameau.

La réponse de Patrick Bouchain et de l’équipe Construire a permis d’aller au-delà des premières intentions, d’ouvrir la commande à leur démarche expérimentale et de s’interroger sur la possibilité de construire autrement. Le bureau Construire instaure un processus associant étroitement population, entrepreneurs, futurs habitants, architectes et artistes afin de faire de la construction un acte culturel. Les grandes orientations du projet ont été tracées : créer un habitat social rural basé sur la maison comme unité de base, revenir à la maison comme espace privé familial tout en permettant l’ouverture au groupe social du hameau. Un schéma général est établi pour huit habitations. Ce schéma peut être réalisé en plusieurs phases, en fonction des besoins de la municipalité et du nombre des demandes. Une première tranche comprend entre trois et cinq habitations en fonction des premières personnes cooptées. Chaque maison sera implantée à cheval sur plusieurs faïsses, mais chacune sera desservie par une faïsse particulière (privative). Les faïsses non-privatives pourront être exploitées en jardin commun. Chaque habitation aura donc sa sphère privée tout en étant incluse dans un ensemble collectif. Une voirie latérale desservira chaque niveau, mais les places de stationnement seront regroupées et éloignées des habitations. La construction initiale est constituée d’une charpente en ogive, de sa couverture et de l’aménagement du seul rez-de-chaussée (avec séjour, chambre, cuisine et salle de bains). Le reste du volume est clos de façon légère. A partir de cet habitat initial, deux hypothèses peuvent être développées : la location simple du volume en l’état. Le locataire peut rester dans cette configuration initiale ou ultérieurement étendre progressivement la partie habitable à l’intérieur des volumes laissés libres. Ou bien, une possible accession progressive à la propriété dans le cadre d’un montage défini avec le maître d’ouvrage.


dossier de présentation, septembre 2013 – pdf

 

 

 

commanditaires : des membres du conseil municipal de Beaumont et Pascal Waldschmidt, maire de Beaumont, Jacqueline Mielle et Jean-Rémi Durand-Gasselin, adjoints au maire

soutien : Fondation de France, Région Rhône-Alpes, Conseil général de l’Ardèche (Cap Territoire), Parc naturel régional des Monts d’Ardèche (Fonds européen agricole pour le Développement rural – Leader)

première tranche : septembre 2013
deuxième tranche : été 2016

 

crédits photographiques Loïc Julienne